Post-Scriptum au dossier de l’eau minérale de Saint-Léon

De nos jours, la source de Saint-Léon se trouve sur un terrain privé. Je n’encourage personne à y aller car, en définitive, on comprend le propriétaire de ne pas vouloir être dérangé quotidiennement par des passants qui désirent voir la source… D’autant plus que, finalement, l’eau de la source risque de décevoir la majorité des visiteurs…!

Sur le site, il reste donc des traces des installations — un kiosque, ainsi qu’une structure ressemblant à un puits:

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La source se jette dans la rivière à un endroit tout à fait bucolique – il s’agit de la rivière du loup:

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Voici les escaliers qui mènent à la source, ils sont situés vis-à-vis le kiosque, en contrebas de la rivière du Loup:

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Et la source en elle-même :

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Comme on le voit d’après les traces sur le béton, c’est une eau qui possède de toute évidence une teneur en soufre élevée. L’eau a une forte odeur d’œufs pourris, rien qui ne donne le goût de la boire. Ceci étant dit, est-ce que la source, il y a 50 ans, avait cette teneur et ce goût?

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Un système ingénieux et canin

La vie sur les fermes, au début du 20ième siècle au Québec, était difficile.  C’était particulièrement vrai dans ces régions en développement comme le Témiscamingue, car tout y était à faire – défrichement, installation, subsistance et tout.

Dans le petit village de Béarn, au Témiscamingue, dans la province de Québec, les chiens étaient mis à contribution. Ils grimpaient dans des roues et, un peu comme nos hamsters de compagnie, ces chiens couraient dans des roues de bois et fournissaient le travail requis pour baratter le beurre ou écrémer le lait.

Un tel fait est peu connu. Des recherches sur Google ou dans la littérature ne donnent presque rien. De ce que je comprends, la contribution des chiens, de ce point de vue, est passée inaperçue à ce jour. Elle s’est produite surtout au 19ième siècle, avant l’arrivée des moteurs à combustion et les moteurs électriques. Est-ce que cela était une particularité de certaines régions du Québec, ou est-ce que cela se faisait un peu partout, je l’ignore. Mais on trouve quelques références dont voici deux exemples.

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Chien dans une route entraînant une machine à coudre, système breveté par Heinrich Feldt en 1888.

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Alternativement, au lieu d’un chien courant dans une roue, certains chiens étaient attelés à des ponts roulants fournissant eux aussi une puissance motrice, souvent pour baratter le beurre ou écrémer le lait.

Mon grand-père, inspiré par les mécanismes alimentés par la puissance canine utilisés en particulier pour les travaux reliés à la laiterie, avait décidé d’aider la famille dans ses nombreuses tâches quotidiennes.  Il a donc construit une roue en bois faisant environ 7 pieds de diamètre, installée dans le sous-sol de la maison familiale, et dans laquelle un chien pouvait courir, fournissant l’énergie nécessaire pour activer la laveuse à linge qui s’opérait à l’aide d’un levier.

Essayons de décrire ce système. Tout d’abord, voici ci-dessous  ce à quoi ressemblait une machine pour laver le linge en ce début de 20ième siècle.

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Il s’agissait ni plus ni moins d’un baril assez bas, dont certaines des planches (ou douelles) formaient les pattes. Le levier se déplaçait de gauche à droite, mouvement transformé en rotation par un système pignon et crémaillère. C’est ce mouvement, très similaire à celui de nos machines actuelles, qui lavait le linge. On imagine la tâche colossale du lavage pour une famille de 14 enfants à l’aide d’un tel appareil… Le danger d’un tel système aussi est réel: mon père rapporte le cas d’un enfant qui, intrigué par le bouchon du baril (visible ci-dessus), tira dessus: il fut renversé par un jet d’eau bouillante et décéda après des jours d’atroces souffrances…

Revenons au système activant ce genre de laveuse à levier. Ci-dessous, un croquis effectué par mon père décrivant le système.

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La première roue au sous-sol est celle dans laquelle le chien court. Les côtés de la roue sont ouverts mais du grillage identique à celui utilisé dans les poulaillers évite que le chien ne se blesse sur les mécanismes tournant du système. Le chien court donc dans cette roue sur des planches montées transversalement, et cette roue est solidaire d’une première poulie formée de plusieurs épaisseurs de planches clouées à 90 degrés et taillées en rond. Cette poulie entraîne une seconde poulie plus petite via une courroie de cuir, laquelle comporte un levier décentré (c’est lui qui transforme le mouvement circulaire en mouvement de va-et-vient) qui passe par une ouverture du plancher pour s’arrimer au levier de la machine à laver. Au besoin, on peut refermer l’ouverture dans le plancher. La roue canine est fixée contre la fondation de la maison d’un côté, et est soutenue par une poutre verticale de l’autre côté. Une partie du grillage de la roue comporte une porte avec penture et loquet pour faire entrer et sortir le chien.

Voici en plus de détails la roue canine, vue de face et vue latérale:

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Un second système permet de contrôler la vitesse à laquelle le chien court dans la roue, ou pour l’arrêter complètement. Il s’agit de deux planches montées à l’intérieur de la roue, et fixées sur l’axe de la roue qui n’est pas solidaire de la roue tournante. Ces deux planches montées à 90 degrés peuvent être ajustées de façon à ralentir le chien ( en l’empêchant de grimper trop « haut » dans la roue) ou à l’encourager d’aller plus vite ( en le forçant à aller plus « haut » dans la roue). Cet ajustement se fait via deux broches ou cordes qui, elles aussi, passent par une ouverture dans le plancher. La planche pour encourager le chien à aller plus vite comporte des petits clous pour être plus convaincante… lesquels piquent le derrière du chien s’il ne court pas assez vite.

Voici un croquis décrivant ce système de contrôle de vitesse:

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C’est ainsi qu’on lavait le linge chez Rosaire et Pauline dans les débuts, dans les années 1930… on imagine qu’un tel système complexe a dû nécessiter des ajustements, des essais, une infinie patience… Le système fut utilisé pendant plusieurs années. Mais bientôt, la motorisation devenait disponible et un tel système n’était plus nécessaire. L’antique laveuse à linge à levier fut remplacée par une machine à laver de marque Horton entraînée par un moteur à essence. Un voisin acheta la roue canine.

Horton

Cette laveuse comporte donc un moteur à essence, et on le démarre en appuyant sur une pédale métallique… le grand progrès!

 

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Les yeux levés aux cieux

Jean-Marie Cossette, propriétaire de la compagnie Aviation Point du Jour Limitée, avait monté un modèle d’affaires bien particulier. Laissons la BANQ nous décrire leur modus operandi:

La mission de la compagnie est de photographier, à partir d’avions ou d’hélicoptères, à basse altitude, les régions rurales, particulièrement les maisons de ferme et leurs bâtiments, village par village, et de vendre ces photographies, par l’intermédiaire de représentants, suivant une sollicitation de clientèle faite à domicile, aux agriculteurs propriétaires.

Depuis l’avion, on photographie donc des bâtiments, des terrains, des paysages. Parfois, par accident, on finit par immortaliser les passants, des résidents qui, surpris par un avion volant si bas, lèvent les yeux vers les cieux… Ces cas sont intéressants – autant de tranches de vies ordinaires dans le plat pays agricole et les petits villages qui somnolent sous le soleil écrasant de l’été. Moments des années soixante-dix et quatre-vingts figés pour l’éternité.

Chaque hyperlien sous l’image retourne à l’originale de la BANQ, la cote étant bien identifiée dans le nom de l’image.

* À Saint-Nazaire-d’Acton, trois motards lèvent les yeux au ciel et observent l’avion.

1* Trois hommes dans la cour d’une entreprise d’excavation observent l’engin d’acier qui passe.

3

* Portrait de famille autour de voitures garées.

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* Deux silhouettes, un garage.

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* À tracteur à couper le gazon.

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* On salue les vrais, le bras en l’air. Petite roulotte qui s’asseoie.

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* On lave l’asphalte.

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* On gaz le char.

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* À la plage, avec une chaloupe.

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* À la table à pique-nique.

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* Salutations, bien haut

19

 

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Le pont Legault, au Grand Marais – Sainte-Martine

Comme plusieurs des articles que je publie ici, tout commence par une balade en voiture, un peu au hasard des routes, quelque part à Sainte-Martine en Montérégie.

Depuis le rang du Grand Marais, j’aperçois en contrebas de la route un pont passablement dégingandé. Rapidement, je constate que ce pont est enclavé derrière des terrains privés, sans route pour s’y rendre – il est donc abandonné. Il est localisé à cet endroit où le ruisseau du Grand Marais se jette dans la rivière Châteauguay. Je ne vois aucun accès par route, je prends donc la photo que voici à une certaine distance:

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J’effectue quelques recherches rapides sur Internet: au niveau du Pistard de la BANQ, je trouve trois notices assez précises, les trois ressemblant à ci-dessous:

Pont sur la rivière Grand Marais à Saint-Paul-de-Chateauguay, 1ère concession, lots 23 et 24. Comté de Chateauguay / Jacques Vaillancourt . – 1951

Ça paraît être la bonne chose. En effet, en consultant l’application géomatique de la CPTAQ, je vois que ces lots identifiés ci-dessus correspondent à ce lieu où j’ai observé le pont. Le fait que ces photos aient une référence aux lots est assez exceptionnel, on ne voit guère cela.

CPTAQ-jpg

Comme les documents de la BANQ référents à ce pont ne sont pas numérisés, je les commande via un formulaire. Ils me sont rapidement livrés par courriel ( fantastique service!) moyennant quelques dollars. Je confirme que c’est effectivement le bon pont, tel qu’il était en 1951. Belle trouvaille! Voici donc ces trois images (E6,S7,SS1,P90144E6,S7,SS1,P90145E6,S7,SS1,P90146) tirées de la BANQ:
E6,S7,SS1,P90144

E6,S7,SS1,P90145

E6,S7,SS1,P90146La suite est d’aller consulter les actes notariés reliés au cadastre de cette région, puisqu’il risque d’y avoir des mentions de ce pont…

Effectivement, et comme c’est souvent le cas, j’arrive à déterminer que ce pont se nomme le pont Legault, du nom du propriétaire de la terre près duquel il est érigé, le lot 24, un certain agriculteur nommé Olier Legault. Cet acte du 27 janvier 1925 (minute 48638 du comté de Châteauguay) vise un changement de tracé du « chemin du roi », que je présume être l’ancien nom du chemin du Grand Marais. On y mentionne :

(…) Changer le tracé du chemin du roi passant sur la partie dudit numéro vingt-quatre, comme suit, savoir: à partir de trois arpents et cent vingt-six pieds du pont dénommé « Pont Legault », (…)

Voilà donc pour le pont Legault. En observant la chaîne de titres de ce lot, on note que la famille Legault occupe ce coin de territoire depuis des dizaines d’années, comme c’était coutume à l’époque. La famille voisine, les Dubuc, dont le nom est mentionné dans le même acte notarié, en la personne de Monsieur Beauséjour Dubuc, ont eux aussi donné leur patronyme au rang et au pont tout à côté.

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Déménagement de maisons…suite

Dans l’article relatant les histoires de déménagement de maison effectués par mon grand-père, je parlais de vérins pour soulever les maisons. Ces vérins permettaient de glisser sous les maisons des patins pour qu’elles puissent être tirées, ou encore, de faire monter ces maisons suffisamment haut afin qu’elles puissent être déposées sur une « float » et tirées par un bulldozer.

Voici donc le vérin en question. Il s’agit de ce qu’on nomme un « bottle jack » ou un « screw jack », i.e. un vérin en forme de bouteille. Mon grand-père en possédait deux autres:

Vérin à vis

La taille de cet outil est d’environ 18 pouces de haut. Il est fabriqué en fonte massive. Il possède trois œillets qui permettent de glisser une barre d’acier qui, à son tour, permet de tourner le vérin et de lever la charge. Avant d’utiliser un tel vérin, il fallait de le graisser abondamment afin que les filets de la vis soient faciles à mouvoir. On utilisait pour ceci de la « graisse de roue ».

Apparemment, mon arrière-grand-père Morin possédait des vérins qui étaient deux fois plus hauts — leur poids était si grand qu’une personne suffisait à peine à les porter…!

De tels vérins valaient environ 8 dollars vers 1930, comme en fait foi la publicité ci-dessous.

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Saint-Nil: un village ne disparaît pas comme ça

Un village ne disparaît pas comme ça. On ne voit plus de moulin nulle part, mais une rue « du moulin » demeure; une rue « du phare » reste comme dernière trace, une rue « de l’Église » mais on cherche en vain toute trace religieuse. Parfois, d’un village, il reste quelques bâtiments fatigués mais encore debout, perdus dans la forêt. Ou parfois, il ne reste rien, sauf quelques noms sur une carte. Mais plus que tout, une fois un village abandonné, il reste un cimetière.

En 2011, je m’étais rendu à Saint-Nil et exploré ce coin de pays oublié:

https://histoireduquebec.wordpress.com/2011/12/03/saint-nil-une-grande-disparue/

Lors de cette première visite, je n’avais tout exploré. Cette année, j’y suis retourné, de bon matin, et j’ai finalement retrouvé le cimetière de Saint-Nil, situé loin dans l’arrière-pays de Matane, au coin de la rue de l’Église et du chemin de Bonafeuil. Les chemins étaient en assez bon état malgré les fortes pluies des jours précédant ma visite.

Ce cimetière est toujours entretenu mais possède peu de pierres tombales – la plupart des sépultures étaient marquées par des croix en bois, qui sont disparues avec le temps. Étant un village de colonie qui n’a existé qu’une quarantaine d’années – entre les années 1940 et 1974 – ce sont surtout des sépultures d’enfants qu’on retrouve à Saint-Nil, peu de personnes âgées: les gens qui déménageaient à Saint-Nil étaient dans la force de l’âge, prêt à coloniser l’arrière pays lointain.

C’était bien émouvant de voir ces hommages à des disparus, cachés dans le fond d’une forêt que presque personne ne visite. Peut-être particulièrement parce que ce sont souvent des sépultures d’enfants disparus il y a des dizaines d’années. Laissons parler quelques images:

Cimetière de Saint-Nil

Cimetière de Saint-NilCimetière de Saint-Nil Cimetière de Saint-Nil Cimetière de Saint-Nil Cimetière de Saint-Nil Cimetière de Saint-Nil Cimetière de Saint-Nil Cimetière de Saint-Nil Cimetière de Saint-Nil Cimetière de Saint-Nil Cimetière de Saint-Nil

Le chemin vers le lac Bonafeuil, situé immédiatement à l’est du cimetière, était particulièrement mystérieux ce matin-là, plongé dans un brouillard:

Cimetière de Saint-Nil

Et sur le chemin du retour, sur le rang XIV, il reste encore des maisons qui remontent au temps de Saint-Nil, comme celle ci-dessous. « Rang XVI » – cela pour moi est évocateur – une évocation de l’arrière-pays profond colonisé par de courageux pionniers.

Saint-Nil - Rang XVI

Il y a d’autres cimetières abandonnés en Gaspésie, corollaire du grand nombre de villages qui ont été fermés dans les années 1970. Le site web des Labelle contient des informations précieuses sur de nombreux cimetières dont ceux fermés de Saint-Nil, et d’autres cimetières de la région donc celui de Saint-Paulin-Dalibaire et celui de Saint-Thomas-de-Cherbourg.

Et comme toujours, le site web de M.Gaétan Bernier recelle une foule d’informations intéressantes sur le village et ses sépultures.

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Bûcher à la Chute du Pin Rouge – derrière le lac Kipawa

Mon père, au début des années cinquante, a travaillé dans un camp de bûcheron au Témiscamingue, à la chute du pin rouge, sur le lac Kipawa.  Ce lieu est à -78.61111, 46.84111 selon toponymie Québec.

La chute du pin rouge - Extrait de Google Maps

La chute du pin rouge – Extrait de Google Maps

Le rapide du Pin Rouge haut de la rivière Kipawa, Témiscamingue, P.Q., ligne du C.P.R. L'album universel, Vol. 23, no. 1160, pp. 353 (21 juillet 1906)

Le rapide du Pin Rouge haut de la rivière Kipawa, Témiscamingue, P.Q., ligne du C.P.R.
L’album universel, Vol. 23, no. 1160, pp. 353 (21 juillet 1906)

Le propriétaire des droits de coupe était un dénommé Booth. Celui-ci délèguait un responsable de camp qui s’occupait d’exploiter une portion du territoire, et à son tour, ce responsable engageait quelques des bûcherons. Ce responsable entretenait le camp et sa femme s’occupait de la cantine. On y mangeait du lard salé, et au dessert – de la tarte aux raisins (fait à base raisins séchés). Il y avait 8 bûcherons au camp où mon père travaillait.

Plan of Barnet & Mackie's Timber Limits on River Kipawa . - Échelle [1:63360]. 1 mille au pouce . - 1870 - 1 carte(s) : n&b ; 60 x 75 cm - BANQ P228,S1,P45

Plan of Barnet & Mackie’s Timber Limits on River Kipawa . – Échelle [1:63360]. 1 mille au pouce . – 1870
– 1 carte(s) : n&b ; 60 x 75 cm – BANQ P228,S1,P45

Les bûcherons travaillent en équipe de deux, et ils glânaient les plus gros pins rouges qui poussaient dans cette région. Pas de coupe à blanc. L’instrument de coupe utilisé était le godendart, cette scie à deux manches, typique du Québec. Les bûcherons l’affilaient, et si le travail d’affûtage était parfait, le simple poids de la scie utilisée sur un tronc couché suffisait à couper le bois.

Exemple de coupe au godendart - tiré de http://public.sogetel.net/munstesabine/foresti.htm

Exemple de coupe au godendart – tiré de http://public.sogetel.net/munstesabine/foresti.htm

Cependant, lorsque l’arbre était encore debout, la méthode était la suivante: on commençait par faire une entaille sur le tronc au godendart. Ensuite, dans cette entaille, on insérait un « coin » de métal en le frappant avec le dos de la tête de hache. La coupe continuait alors, et le coin permettait de diriger l’arbre à l’opposé de la face où il était inséré. Pour un très gros arbre, on utilisait deux coins d’acier.

Le « siège de barbier » arrivait parfois, surtout en hiver, des dires de mon père: l’arbre en train d’être coupé cassait soudainement, laissant une ou des éclisses plus ou moins longues plantées sur la bûche. Le danger était alors que l’arbre partait sans crier gare, dans une direction aléatoire. Pourquoi cela se produisait davantage en hiver? Le bois était alors plus cassant et moins ductile? Peut-être…

Certains de ces pins étaient si énormes qu’une fois tombés, on déposait le godendart sur la souche, et le tronc du pin dépassait encore de chaque côté. On parle donc d’arbres de plus de cinq pieds de diamètre…! Dans une région aussi froide que le Témiscamingue, nul doute que cela représente des centaines d’années de croissance… Un arbre si énorme était coupé en longueur de 12 pieds; s’il était moins gros, on pouvait couper sur 16 pieds. Les chevaux ne pouvaient traîner directement un si lourd poids; on le traînait de travers, en le tirant d’un bout puis de l’autre en alternance et en glissant sur des billots . Le but était donc d’empiler le bois dès l’automne, et jusqu’au printemps; à la fonte des glaces, la crue se chargeait d’emporter le bois vers les scieries au sud. Une bille de cinq pieds de diamètre sur 12 pieds de long, ça devait faire un sacré ravage dans un cours d’eau…

Pour se rendre au campement, on utilisait le bateau; parfois l’hydravion, mais le pilote avait tendance à prendre beaucoup d’alcool…!

Des inventaires forestiers on été faits à l’époque – une forêt de pins blancs, de pruche, de cèdre… bien peu de pin rouge.

Inventaire forestier : région de la rivière Kipawa, Comté de Témiscamingue ; license no 35 . - 1890  - BANQ - Cote : P228,S1,P49

Inventaire forestier : région de la rivière Kipawa, Comté de Témiscamingue ; license no 35 . – 1890 – BANQ – Cote : P228,S1,P49

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